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DEUXIÈME
PARTIE
Assurer
la qualité et la transparence de la décision locale
Chap
1 : l’engagement des citoyens et la disponibilité des élus
Toute la richesse de la décentralisation - rapprocher la décision
du citoyen et en accroître la pertinence - mérite d’être repensée, à la lumière
de 20 ans de pratiques, et en fonction de l’émergence de nouveaux territoires
et de l’accroissement des compétences des collectivités.
Cette réflexion s’impose aux quartiers frappés d’exclusion
comme aux autres espaces urbains frappés par l'individualisme, ou ruraux menacés
d’isolement.
L’objectif de la commission consiste à rechercher une plus
grande lisibilité du processus de décision et à faire de la commune le lieu
d’exercice privilégié de la démocratie.
Rapprocher les élus des citoyens, c’est aussi permettre l’accès
aux fonctions électives à une plus grande palette de candidats : femmes,
jeunes, salariés du privé, chefs d’entreprises, ... Pour cela, il est indispensable
de définir un véritable statut de l’élu.
Enfin, il n’y a pas de démocratie sans représentativité correcte
des électeurs et sans lisibilité des modes d’élection. C’est pourquoi, la commission
fait des propositions d’harmonisation de l’ensemble des scrutins électoraux
touchant à la vie locale.
I - Améliorer la participation des citoyens
à la vie locale
A/
une meilleure information des habitants
Pour permettre à chaque citoyen d’exercer ses droits démocratiques
à tous les niveaux, il importe de l’aider à mieux connaître les différentes
responsabilités et compétences de chacun.
Proposition n° 66 : faciliter l’accès des habitants
à la connaissance des responsabilités de chaque collectivité, groupement de
collectivités et de l’État ainsi qu’à l’inventaire du patrimoine public de
la commune et des services du territoire
Au delà de l’information, il est nécessaire que dans des lieux
spécifiques, les habitants trouvent la formation et les explications indispensables
à la compréhension de l’action publique. Par exemple, répondent à cet objectif
les “ maisons de la citoyenneté ” disposant d’un accès à internet
mis à la disposition des administrés et des associations locales.
Proposition n° 67 : fournir aux habitants, dans
des lieux de proximité, les explications
permettant de comprendre les procédures et les enjeux des initiatives
publiques
L’arrivée des nouvelles techniques de communication et d’information
est l’occasion de mettre à disposition des usagers l’ensemble des informations
légalement diffusables ainsi que celles relatives aux étapes de la prise de
décision. L’objectif est d’obtenir le maximum de transparence dans l’action
publique.
Proposition n° 68 : généraliser l’accès à un cyberpoint
public, outil de communication et d’information
Dans un quartier, le patrimoine appartient souvent à différentes
collectivités publiques, sans qu’aucune synergie ne se manifeste dans son utilisation.
La consultation des comités de quartier auxquels participent des représentants
des collectivités doit permettre d’assurer une utilisation optimale de ce patrimoine.
Proposition n° 69 : faciliter l’utilisation du
patrimoine public pour permettre la plus large ouverture possible aux habitants
des quartiers
B/
une plus grande implication des habitants dans le débat de proximité
Au delà de l’information et de la connaissance du fonctionnement
des collectivités territoriales, il est indispensable de permettre à tous les
habitants de participer au débat public, de donner leur avis sur les sujets
les concernant directement, de faire des propositions pour la vie de leur quartier
et de s’impliquer dans la vie locale.
Pour cela, des conseils de développement, commissions extra-municipales
et extra-intercommunales, sont créés et dotés des moyens nécessaires à leur
fonctionnement. Élus et personnels des collectivités territoriales participent
à ces instances. L’animation peut être déléguée à des professionnels de l’animation,
même si ceux-ci ne portent pas directement les projets concernés.
Proposition n° 70 : créer, au sein des communes,
des structures de proximité d’information, de débat, d’échanges, de suivi
sur les projets concernant les habitants
Création du conseil de quartier
Dès que la commune atteint une population de 10 à 20 000 habitants,
selon les cas, des structures nouvelles doivent être créées.
Proposition n° 71 : créer, dans les villes de plus
de 20 000 habitants, des mairies ou “ conseils de quartiers ” ;
dans les autres villes, encourager ce dispositif
Cette proposition va de pair avec la revalorisation du rôle
des élus, en particulier ceux qui n’ont pas de mandats exécutifs, comme les
conseillers municipaux. Des dossiers doivent leur être confiés (contrat de ville,
contrats locaux de sécurité), et des responsabilités accordées dans le cadre
des conseils de quartier, afin qu’ils soient en mesure d’intervenir dans le
quartier, de répondre aux aléas de la vie quotidienne en liaison immédiate avec
les services municipaux.
Proposition n° 72 : valoriser le rôle des élus
de proximité en leur confiant des responsabilités dans les quartiers (mairies,
conseils de quartiers, structures de proximité) et, en ce qui concerne Paris,
Lyon et Marseille, renforcer les pouvoirs des conseils d'arrondissement
La constitution des conseils de quartier doit permettre l’association
des habitants les plus impliqués ou intéressés par la vie locale.
Proposition n° 73
: les membres des conseils
de quartier sont désignés par le conseil municipal sur des listes associant
des représentants des associations et des habitants reconnus pour leur engagement
et volontaires
Les conseils de quartier ont droit d’information, d’avis, de
saisine de la collectivité. Le conseiller municipal et le représentant des services
de la ville y auront un rôle déterminant, la vie du quartier nécessitant en
effet une proximité des services opérationnels et des délais brefs d’intervention.
Proposition n° 74 : attribuer des financements
déconcentrées, et placer des équipes techniques de proximité sous la responsabilité
de l’élu local, désigné par le maire, en liaison avec le conseil de quartier.
Des droits pour les bénévoles
Par ailleurs, pour les citoyens qui souhaitent s’investir fortement
dans la vie locale, en particulier, ceux désignés par leurs organisations professionnelles,
syndicales ou associatives pour siéger au sein d’instances consultatives, du
temps pourrait être dégagé sur le temps professionnel. Comme les élus ou les
représentants syndicaux, ils doivent pouvoir bénéficier de crédits d’heures,
de droits et de protection.
Proposition n° 75 : ouvrir la possibilité de “ crédits-temps ”
alloués au citoyen investi notamment dans ces structures de proximité, sur
le modèle des congés de représentation syndicale ou élective.
Parallèlement, la reconnaissance du travail associatif doit
être consolidée. Le travail des élus locaux doit être mené en collaboration
avec les associations locales, confortées dans leur action.
Proposition n° 76 : mettre en œuvre un financement
pluri-annuel des associations afin que leurs missions et les emplois correspondants,
notamment ceux créés conformément au dispositif “ emplois-jeunes ”,
soient sécurisés
Reconnaissance du rôle des usagers
Face à la maîtrise d’ouvrage, il faut donner une place à la
“ maîtrise d’usage ”. Le point de vue des usagers doit pouvoir
être entendu. Chaque collectivité veille à ce que les habitants , directement
ou par l’intermédiaire de syndicats ou d’associations, soient représentés dans
les instances de concertation, par exemple des amicales de locataires dans les
conférences communales ou intercommunales.
Proposition n° 77 : reconnaître le rôle institutionnel
des instances participatives des habitants, par exemple des amicales de locataires,
dans les structures officielles
C/
la concertation sur les projets d’intérêt général
Les notions de participation des habitants, d’utilité publique,
de délais nécessaires à la participation méritent d’être revues au crible de
la décentralisation. A chaque projet local impliquant un grand nombre d’habitants
correspond un schéma de concertation. Ce schéma dépendra de l’importance du
projet. Pour des petits projets de quartier, les structures de proximité ou
les conseils de quartier suffisent. Pour des projets plus importants, une procédure
souple impliquant le maximum de personnes doit être mise en place. Enfin, les
grands projets d’infrastructure, entraînant ou non des expropriations, font
l’objet d’une procédure d’enquête d’utilité publique rénovée.
La concertation ne doit ni empêcher l’action, ni constituer
une procédure alibi : elle doit se faire au moment opportun, et non lorsque
le projet est déjà très avancé et que les modifications envisageables ne sont
plus que marginales.
C’est pourquoi, en ce qui concerne les projets les plus importants,
les préconisations faites dans le rapport[4] du Conseil d’État, présenté par Mme Questiaux,
sur “ l’utilité publique, aujourd’hui ” doivent être mises en œuvre.
Cela se traduit par :
- une adaptation et une harmonisation des documents techniques
en amont des projets permettant une accessibilité et une lisibilité plus grande
des dossiers mis à l’enquête ;
- un rendez-vous initial de concertation ;
- une place accrue des collectivités territoriales dans une
"déclaration d’utilité publique" rénovée ;
- un système d’enquête et autorisations de travaux simplifié
et modernisé ; ceci passe, en particulier, par la rénovation du corps des
commissaires enquêteurs, la modification de leurs fonctions, et la mise en place
d’une charte déontologique de l’enquête ;
- une extension des missions et des moyens de la commission
nationale du débat public.
Proposition n° 78 : moderniser l’enquête d’utilité
publique en mettant en œuvre les propositions du rapport du Conseil d’État
Pour les projets ne nécessitant pas d’enquêtes d’utilité publique,
les grands principes de la concertation doivent être préservés.
L’enquête publique doit être absolument incontestable et la
plus claire possible, afin que les habitants mesurent les enjeux et puissent
peser effectivement sur les choix, dès l’amont de la procédure.
De même, les élus devraient pouvoir créer des comités consultatifs,
sur un projet donné, composé de volontaires, pour éclairer les décideurs publics
sur les préoccupations des habitants.
Le développement de ces démarches d’écoute et de concertation
permettra de renforcer la légitimité et l’efficacité des élus territoriaux,
en les rapprochant des habitants, en leur permettant d’intervenir rapidement
dans la vie quotidienne en liaison étroite avec les associations.
Proposition n° 79 : créer des comités consultatifs
pour la mise en œuvre de projets importants mais ne nécessitant pas la procédure
lourde de l’enquête publique
II - Moderniser la vie politique locale
A/
L’élargissement des règles de non cumul des mandats
Il est indispensable de limiter au maximum le cumul des mandats afin
:
- d’assurer une meilleure présence des élus sur le terrain
et dans les structures de travail,
- d’accroître le nombre de citoyens exerçant un mandat d’élu,
- de permettre une plus grande rotation démocratique,
- d’éviter la professionnalisation des élus.
Les Français sont clairs sur ce sujet : 3 Français sur
5 préfèrent que leur maire ne soit pas député ou sénateur afin d’être plus disponible
et de s’occuper davantage des affaires de la commune (Enquête SOFRES - août
2000).
Depuis le mois d’avril 2000, deux textes précisent les incompatibilités
entre mandats électoraux (la loi organique n° 2000-294 du 5 avril 2000 relative
aux incompatibilités entre mandats électoraux et la loi n° 2000-295 relative
à la limitation du cumul des mandats électoraux et des fonctions électives et
à leurs conditions d’exercice). Il reste, dans la continuité de ces deux textes
et conformément au projet de loi organique, tel que présenté à l’origine par
le Gouvernement, à harmoniser les règles concernant les cumuls entre fonctions
parlementaires et exécutifs locaux.
Proposition n° 80 : élargir les règles du non cumul
des mandats
Dans le même esprit, le cumul entre un mandat d’élu et une
fonction au sein de l’administration d’État ou d’une collectivité territoriale
doit être limité. Par exemple, il ne doit pas être possible d’être directeur
général des services d’une ville et élu au sein de l’intercommunalité qui comporte
cette ville. Il serait également souhaitable de ne pas cumuler au delà d’un
mandat, une fonction publique d’autorité et un mandat exécutif. Des textes précisent
déjà les règles à respecter, il convient donc de les moderniser.
Proposition n 81 : moderniser les textes limitant les
cumuls entre fonction publique d’autorité et mandat exécutif
B/
la simplification et l’harmonisation des modes de scrutin
Dans le cadre de la modernisation de la vie politique et notamment
dans la logique de la dernière réforme constitutionnelle instaurant le quinquennat
pour l’élection présidentielle, il est indispensable d’harmoniser les durées
des mandats et d’améliorer la représentation des populations concernées, en
terme de sexe, d’origine, d’activité professionnelle, d’âge. La parité est ainsi
désormais un objectif à atteindre et les scrutins la permettant doivent être
favorisés.
De même, pour améliorer la perception des institutions politiques
par les électeurs et donc leur participation, un même type de scrutin doit être
envisagé pour les élections locales, scrutin qui permette à la fois de dégager
une majorité claire, d'assurer la parité et l'égalité devant le suffrage. Le
mode de scrutin municipal qui répond à ces objectifs et qui a fait ses preuves,
pourrait être utilisé pour l’intercommunalité, le département et la région.
Au delà, il sera également nécessaire d’améliorer
la cohérence entre ces scrutins territoriaux et le mode d’élection des sénateurs.
En effet, si le Sénat assure théoriquement la représentation au niveau national
des collectivités territoriales, alors il est indispensable de modifier le mode
d’élections des sénateurs, actuellement élus au deuxième degré par les élus
locaux, conseillers municipaux, généraux et régionaux, pour neuf ans, renouvelables
par tiers. La commission s’est prononcée pour une première modification :
la réduction de la durée du mandat de neuf à six ans. S’agissant du mode
de renouvellement, une majorité des membres de la commission s’est prononcée
en faveur d’une élection en une seule fois, après les élections municipales,
les autres préférant garder un renouvellement par partie.
Proposition n° 82 : assurer le renouvellement total
des sénateurs, tous les six ans, dès le mois de septembre qui suit le scrutin
municipal de mars
Proposition n° 82 bis : réduire le mandat des sénateurs
à six ans, avec renouvellement du Sénat par fraction
C/
l’élargissement du droit de vote aux habitants de nationalité étrangère
La question du droit de vote des étrangers fait partie depuis
plusieurs années du débat public. La politique d’intégration à laquelle la France
est attachée, peut conduire à offrir la possibilité à l’ensemble des personnes
majeures vivant sur un territoire de donner leur avis sur l’avenir de leur lieu
de vie quotidienne. Il peut paraître justifié que tous les habitants de nationalité
étrangère vivant depuis un certain temps dans une commune, et dont les enfants
sont d'ailleurs souvent français, puissent choisir ceux qui vont les représenter
localement et le cas échéant, qu’ils puissent eux-mêmes être élus. Les conditions
de l’extension du suffrage universel devront bien sûr être précisées, mais il
est possible d'étendre à tous les étrangers le droit de vote et d'éligibilité
accordé aux ressortissants communautaires pour les élections municipales.
La commission, dans sa majorité, a opté pour cette extension
du droit de vote, contestée par certains de
ses membres.
Proposition n° 83 : instaurer le droit de vote
et d’éligibilité des étrangers aux élections municipales, dans les mêmes conditions
que pour les ressortissants communautaires
Proposition n° 83 bis : conserver le statu quo sur
le droit de vote et d’éligibilité des étrangers aux élections municipales
III - Démocratiser l’accès aux fonctions
électives
Envisagé dès les premières lois de décentralisation comme un
pilier indispensable à leur mise en œuvre, le statut de l’élu s’inscrit aujourd’hui
comme une exigence démocratique : tout citoyen doit pouvoir être candidat
à une élection politique. Actuellement, les assemblées élues ne sont pas à l’image
de la société. Femmes, jeunes, urbains, salariés du privé et, à quelques exceptions
près, professions indépendantes sont sous-représentées, fonctionnaires et retraités
étant sur-représentés.
L’évolution du statut de l’élu doit concerner l’ensemble des
512 324 élus locaux et non pas seulement les élus ayant un pouvoir exécutif.
Il ne s’agit pas de professionnaliser la vie politique, mais de donner à plus
de citoyens les moyens matériels et financiers d’exercer un mandat d’élu pour
qu’ils puissent vivre sans préjudice leur vie personnelle et garder leur indépendance
de pensée et d’action.
Bénéficier d’une sécurité matérielle et professionnelle, d’une
formation et d’une clarification de son statut juridique et de ses responsabilités,
sont des conditions indispensables pour garder un tissu électif diversifié et
davantage à l’image de la société. La richesse et la vitalité de notre démocratie
en dépendent.
A/
un véritable statut de l’élu
Les Français le demandent, les compétences requises et la complexité
des sujets traités l’exigent: l’élu
local, maire ou adjoint, doit pouvoir se consacrer à temps plein à sa collectivité.
Ainsi, 77 % des Français préfèrent, pour un maire de ville
moyenne ou de grande ville, qu’il se consacre à plein temps à son mandat et
soit rémunéré en tant que tel (Enquête SOFRES - août 2000).
Pour instaurer une véritable démocratie locale, c’est-à-dire
permettre à tous d’accéder aux fonctions électives, il faut sortir de l’hypocrisie
actuelle et doter les élus d’un véritable statut. Si trop longtemps notre pays
n’a pas voulu aborder la question du financement de la vie publique, il faut
aujourd’hui clore ce débat en donnant aux citoyens les moyens d’accéder aux
fonctions publiques, quelles que soient leurs origines sociales et professionnelles.
Il n’est plus pensable que la vie publique locale soit confiée
essentiellement aux retraités et fonctionnaires, hommes dans leur très grande
majorité.
Concrètement, il est possible de donner un cadre statutaire
et salarial aux élus territoriaux comme c’est le cas pour les parlementaires.
Les élus concernés (maires et principaux adjoints) bénéficieraient de contrats
à durée déterminée et d’une rémunération fixée en fonction de leur mandat. Les
élus pourraient ainsi cotiser à une caisse de retraite et disposeraient d’une
couverture sociale.
Proposition n° 84 : créer, pour les présidents
de conseil régional, de conseil général, les maires et leurs principaux adjoints,
un statut d’agent civique territorial, salarié de leur collectivité
Proposition n° 85 : autoriser les communes à verser,
suivant un barème strict, aux agents civiques territoriaux, une rémunération
leur permettant d’assurer un service permanent
B/
des élus territoriaux dotés de moyens suffisants pour le plein exercice de leur
mandat
Garantir aux élus territoriaux la disponibilité
en temps et l'acquisition des compétences nécessaires
Les élus qui conservent leur activité professionnelle doivent
pouvoir disposer sans difficultés de temps pour participer aux différentes réunions.
Le cadre réglementaire actuel doit être amélioré, notamment pour les petites
communes, et appliqué sans préjudice pour les personnes.
Proposition n° 86 : assurer aux élus l’application
réelle des crédits d’heures et des autorisations d’absence, et le maintien
des droits en matière d’ancienneté et de congés payés
Le travail des élus des petites communes, soit près 32 000
maires sur 36 000, est souvent sous estimé. Leurs activités et leurs responsabilités
ne sont pas proportionnelles au nombre de leurs administrés. C’est pourquoi
la commission estime nécessaire de porter le montant des crédits d’heures de
47 h par trimestre à 105 h par trimestre pour les maires des communes
de moins de 10 000 habitants, de 20 h par trimestre à 47 h par
trimestre pour les maires adjoints de ces communes. Les conseillers municipaux
des communes de moins de 3 500 habitants doivent bénéficier d’un crédit
d’heures de 5 h par trimestre.
Proposition n° 87 : envisager une augmentation
des crédits d’heures attribués aux élus des communes de moins de 10 000 habitants
L’opposition doit pouvoir participer et donner son avis sur
l’ensemble des sujets, disposer d’une meilleure information et de moyens matériels.
Il serait également souhaitable que l’opposition puisse disposer d’un budget.
Proposition n° 88 : veiller au respect de la mise
en œuvre des droits des élus de l’opposition
Afin de ne pas pénaliser une petite entreprise dont un salarié
est élu local, un dédommagement de l’entreprise pourrait être envisagé, pour
compenser les absences légales.
Proposition n° 89 : assurer le dédommagement des
entreprises pour les absences légales de leurs salariés élus territoriaux
Quelle que soit la taille de la collectivité territoriale,
l’accès des élus à des formations doit être possible. Le système actuel, basé
sur un pourcentage des indemnités de fonction, pénalise les petites et moyennes
communes. Pour y remédier, une mutualisation des crédits pourrait être envisagée
au sein des structures intercommunales.
Proposition n° 90 : développer l’accès à la formation
de tous les élus par la mutualisation de crédits au sein des intercommunalités
Garantir aux élus des moyens financiers
leur permettant l’exercice de leur mandat
En ce qui concerne les élus qui ne bénéficieraient pas du statut
d’agent civique, les conditions de vie matérielles ne doivent pas dissuader
les candidats potentiels. Les élus doivent avoir aussi la possibilité d’abandonner
partiellement leur activité professionnelle sans préjudice grave, tant dans
leur carrière que dans la perspective de la retraite.
De façon générale, les Français connaissent mal les niveaux
de rémunération de leurs élus. Ainsi, à la question, "le niveau de l’indemnité
versé aux élus pour leur mandat est-il très bon ou assez bon", 32 % répondent
ne pas savoir. Et si 52 % de ceux qui en ont une répondent positivement, ils
sont en réalité fort peu nombreux à donner une réponse correcte. (Enquête SOFRES - août 2000).
Au delà de ce constat général, qui renvoie au débat sur le
financement de la vie politique et plus globalement au rapport à l’argent dans
la société française, le maintien du niveau de vie des élus territoriaux est
indispensable. Car, comment demander à un citoyen s’engageant dans la vie politique
locale d’abandonner une rémunération, un régime de retraite ou une couverture
sociale qu’il a construits durant sa
vie professionnelle, pour un système la plupart du temps bien moins avantageux.
Proposition
n° 91 : revaloriser
les indemnités versées aux maires adjoints.
Proposition n° 92 : assurer la continuité de la
couverture sociale des personnes qui accèdent à des fonctions électives
Proposition
n° 93 : maintenir
les droits à la retraite des élus
Il est également souhaitable que l’ensemble des élus ait les
moyens nécessaires pour faire face aux dépenses courantes : déplacements,
frais de garde des enfants. Comment persuader de jeunes parents modestes de
s’engager dans la vie publique si, par exemple, les frais de garde de leurs
enfants, imputables à des activités publiques, ne sont pas prises en charge.
Proposition n° 94 : permettre aux communes de rembourser
aux conseillers municipaux, non indemnisés, certains frais résultant de leurs
activités publiques tels les frais de garde d’enfants
C/
le retour à la vie professionnelle
La difficulté à retrouver un emploi après avoir exercé un ou
plusieurs mandats électifs se traduit très directement dans la composition du
corps électoral : les fonctionnaires et les personnes qui n’exercent pas
ou plus d’activité professionnelle sont sur-représentées et certains élus tentés
par une professionnalisation de leur activité. Par ailleurs, l’expérience acquise
en tant qu’élu disposant d’un pouvoir exécutif n’est actuellement pas valorisée.
Faciliter le retour à la vie professionnelle est une des conditions
de la démocratisation de la vie politique. Les élus doivent pouvoir disposer
du temps nécessaire pour retrouver une activité professionnelle et cette activité
doit prendre en compte les compétences acquises.
Faute de telles garanties, nombreux sont les salariés ou les
indépendants qui refusent de s’engager dans la vie publique. De même, il est
indispensable que les déroulements de carrière ne soient pas bloqués durant
l’exercice du mandat et que les dispositions soient prises en ce sens lors de
la réintégration.
Les Français sont sensibles à cet aspect des choses. Par exemple,
79 % des Français sont favorables à un congé électif. (Enquête SOFRES - août
2000)
Proposition n° 95 : créer un “ congé électif ”
identique au “ congé parental ”
Proposition n° 96 : valider l’expérience acquise
lors de l’exercice de mandats exécutifs dans le cadre des troisièmes concours
des fonctions publiques
Proposition n° 97 : verser des indemnités aux élus
pendant six mois après la perte du mandat, en cas de non réintégration ou
de non retour à un emploi
D/ la clarification de la
responsabilité des élus et des risques encourus
Fréquence de la mise en cause personnelle
des élus
Les élus locaux
revendiquent la responsabilité pleine et entière de leurs actes. Mais cette
responsabilité ne saurait, sans risque pour la démocratie, s’exercer de manière
confuse, alors même que les mises en examen d’élus sont fortement médiatisées.
Il en résulte un constat de “pénalisation” croissante de l’action publique ainsi
qu’un sentiment de découragement des élus, laissant parfois craindre une crise
des vocations. Le nombre même des mises en cause d’élus locaux est controversé.
La mise en place d’un outil statistique permettrait certainement d’éviter le
sentiment d’une pénalisation généralisée de la vie publique.
Des progrès dans la définition des délits
non intentionnels
La commission pour
l’avenir de la décentralisation constate qu’une clarification a été opérée par
la loi du 10 juillet 2000 qui a précisé la définition des délits non
intentionnels. Ce texte, issu d’une proposition de loi sénatoriale, permettra
à l’avenir de mieux distinguer dans le cas de fautes non intentionnelles, les
hypothèses dans lesquelles il y a lieu de mettre en cause la responsabilité
pénale de la collectivité, de celles où, compte tenu de la violation manifeste
d’une obligation de prudence et de sécurité, la responsabilité personnelle de
l’élu peut être mise en cause.
Force est cependant
de constater que ce texte suscite des craintes quant à son application, notamment
des victimes. En ce sens il conviendrait qu’un bilan de son application sur
deux ans soit présenté au Parlement par le Garde des Sceaux.
Proposition n° 98 : présenter au Parlement un bilan bi-annuel d’application de la loi
du 10 juillet 2000 sur la responsabilité pénale des élus
Agir sur les causes les plus fréquentes
de mise en cause pénale
Pour clarifier
l’exercice de la responsabilité des élus, il faut agir sur plusieurs causes
et notamment l’absence de moyens juridiques mis à leur disposition.
Plusieurs propositions
en ce sens sont faites dans la partie consacrée aux contrôles. Toutefois il
convient ici de présenter la proposition suivante : sans remettre en cause le
pouvoir de police générale du maire
il serait aberrant que dans les domaines où la commune a transféré ses compétences
à une intercommunalité, son pouvoir de police spéciale demeure alors qu'il n'a
plus la faculté de l'exercer. L’exercice de cette police nécessite en effet
une forte technicité directement en relation avec l’exercice de la compétence
elle-même. Le secteur de l’environnement offre en particulier des exemples flagrants
de l’inadaptation de l’actuelle répartition des pouvoirs.
Proposition n° 99 : donner à l’intercommunalité,
les pouvoirs de police spéciale, dès lors qu’il y a transfert de la compétence
correspondante (eau, ...)
Les difficultés
liées à la complexité du droit applicable aux collectivités territoriales sont
indéniables. Et le grand nombre d’infractions pénales applicables à ces collectivités
constitue un autre facteur de difficulté pour des collectivités disposant de
moyens insuffisants. Les dispositions du code des marchés apparaissent à cet
égard particulièrement complexes et la commission ne peut que recommander au
gouvernement de mettre en œuvre les propositions du rapport de Mr. Massot, sur
la responsabilité pénale des décideurs, en sanctionnant les manquements les
moins graves par de simples contraventions et non plus des peines correctionnelles.
Proposition n° 100 : redéfinir la hiérarchie des
sanctions prévues par le code des marchés publics
Afin de garantir aux élus l’application de ces mesures de sécurité,
il est indispensable qu'elles figurent dans le code des collectivités territoriales
et, le cas échéant, dans le code du travail.
Proposition n° 101 : intégrer les dispositions relatives
au statut de l’élu dans le code des collectivités territoriales et le code
du travail.
Chap 2 : qualité et sécurité juridique
des actes des collectivités territoriales
La décentralisation a opéré un large transfert de pouvoir au profit des collectivités territoriales en supprimant des tutelles administratives et financières, en transférant le pouvoir exécutif aux présidents du conseil général et régional et surtout, des compétences au profit de l’ensemble des collectivités. Cet accroissement de pouvoir est continu depuis 1982, du fait des dispositions législatives successives et des initiatives prises par les élus pour faire face aux situations de crise. La maîtrise par les élus de leurs nouvelles responsabilités, la qualité du travail effectué par les fonctionnaires territoriaux et la montée en puissance de cette fonction publique grâce au statut de 1984, ont permis que ces compétences soient pleinement assumées à la satisfaction des usagers.
Toutefois, par rapport aux administrations centrales qui exerçaient alors ces compétences, les collectivités locales n’avaient à leur disposition en 1982-1983 que peu de moyens juridiques et d’appui. En particulier, le Gouvernement dispose de la faculté de saisir le Conseil d’État de toute question de droit et les différents ministères sont dotés de corps d’inspection interne ou peuvent faire appel à l’une des inspections générales (finances, administration, affaires sociales).
Aujourd’hui, encore bien des élus locaux, notamment dans les
petites communes, se plaignent de manquer de conseils préalables en matière
juridique, financière ou technique par rapport aux multiples décisions qu'ils
sont amenés à prendre dans les domaines extrêmement variés de la gestion quotidienne
de leur collectivité. La complexité et le manque de moyens sont avancés comme
raison des crises de vocation à l'approche des consultations électorales.
Parallèlement, l’action pénale est souvent préférée à une action
devant le tribunal administratif réputé moins efficace et plus lent. Le rapport
présenté par M. Albertini à l’Office parlementaire d’évaluation de la législation,
a souligné la pléthore et l’absence de cohérence des textes ayant ouvert l’action
publique aux associations. De fait, l’action de certaines collectivités peut
se trouver entravée par des procédures manifestement abusives de la part d’associations
parfois créées à cette seule fin. Dans le sens préconisé par le rapport annuel
1999 du Conseil d’État, il conviendrait de remettre à l’étude la question de
l’action civile des associations.
La commission juge donc indispensable que la sécurité juridique
des actes des collectivités locales soit mieux assurée. C’est là la seule voie
pour éviter une pénalisation à outrance de la vie publique. L’équilibre entre
la pleine responsabilité de l’élu, liée au principe de libre administration,
et l’assurance de sécurité juridique est difficile à trouver. La commission
a rejeté toutes les solutions de contrôle préalable, qui serait une nouvelle
forme de tutelle. En ce sens, la certification des actes des collectivités territoriales
paraît particulièrement difficile à mettre en œuvre. La commission préfère opter
pour un renforcement des conseils dont peuvent bénéficier les collectivités
territoriales ; notamment dans le cadre du contrôle de légalité
exercé par le préfet et l’examen de gestion des chambres régionales.
La commission souhaite donc que la sécurité juridique des actes,
et par là même des élus soit renforcée par tous moyens. Ce principe de sécurité
juridique doit inspirer l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires,
notamment pénales, qui concernent les collectivités territoriales.
Proposition
n°102 : garantir
la sécurité juridique des actes des collectivités territoriales.
I - Renforcer les moyens juridiques
des collectivités
A/
le développement de la fonction de conseil
Le changement de nature et l'élargissement de l'action des collectivités territoriales ont abouti à un accroissement considérable des contraintes de gestion. Outre le foisonnement des textes légaux et réglementaires qui régissent leurs actions, et des normes techniques qui les encadrent, les collectivités sont notamment tenues de respecter un grand nombre d'obligations destinées à assurer la publicité et la transparence de leur gestion. A cet égard, on citera les informations communiquées lors du débat sur les orientations budgétaires, la mise à disposition du public de données financières, économiques et sociales synthétiques et comparatives, les rapports sur les délégations de services publics, notamment en matière d'eau, d'assainissement, de traitement des déchets et de transports collectifs.
Les gestionnaires locaux sont donc confrontés à la nécessité
de développer le contrôle interne de leur gestion, ne serait-ce que pour disposer
eux-mêmes d'une information plus fiable et plus immédiate sur les services publics
locaux, notamment sur les organismes satellites qui mettent en œuvre leur politique
: sociétés d’économie mixte locales et délégataires de service public.
Face à cette évolution, de nombreuses collectivités territoriales
ont pris conscience de l’intérêt de disposer de leur propre expertise. Cependant,
à la différence des entreprises pour lesquelles l'analyse financière a donné
lieu à des méthodes étalonnées et reconnues, l'analyse des comptes et des gestions
des collectivités locales présente des spécificités. Les règles de la comptabilité
publique, qui s’appliquent aux collectivités, restent en effet traditionnellement
et fondamentalement conçues pour permettre le contrôle de la régularité de l'exécution
d'un budget. Le contrôle interne est confronté dès lors, à ces règles qui apparaissent
peu adaptées à une mise en perspective dynamique de la gestion publique. Toutefois,
l'entrée en vigueur progressive depuis 1997 des règles de la comptabilité "M14"
constitue un progrès, en alignant. les règles comptables sur celles du plan
comptable général applicable aux entreprises depuis 1982.
De même, un grand nombre de ratios financiers ont été définis
afin de pouvoir apprécier et comparer la situation financière des collectivités.
Ce dispositif comptable a permis de moderniser la gestion des collectivités
locales et son extension aux départements ("M52") et aux régions ("M71")
doit être poursuivie. Dès 2001, la "M52" sera expérimentée par 17
départements. Il conviendrait d’accélérer la mise au point définitive et l’expérimentation
de la "M71".
En matière juridique, les difficultés auxquelles se trouvent
confrontées les collectivités territoriales sont particulièrement importantes
et probablement supérieures à celles que connaissent les entreprises. En effet,
les collectivités locales doivent à la fois maîtriser le droit public, les conséquences
du développement du droit européen et faire face à la place croissante du droit
privé dans les domaines industriels et commerciaux et dans les montages des
opérations complexes (urbanisme, interventions économiques, concessions).
La complexité de l'environnement juridique et financier renforce
donc le besoin de concertation et de conseil, afin que l'action locale puisse
s'exercer dans les meilleures conditions de sécurité juridique.
Mais seules les collectivités les plus importantes peuvent constituer des services juridiques et de contrôle interne efficaces. En ce domaine, comme d’ailleurs pour l’exercice des compétences techniques, la coopération intercommunale est la solution la plus appropriée.
B/ la mise en commun des moyens d’assistance
La demande des collectivités territoriales est forte de pouvoir
recourir à des instances de conseil autonomes pour les assister dans l'exercice
de leurs missions.
A cet égard, il faut rappeler l'action conduite par les associations
d'élus locaux, particulièrement par l'association des maires de France qui apporte
son concours aux petites communes ne disposant pas des moyens suffisants pour
assumer seules la mise en place d'un contrôle interne.
Par ailleurs, il faut rappeler que la loi du 2 mars 1982 avait prévu que le département pouvait créer avec des communes et des établissements publics intercommunaux, un établissement public dénommé agence départementale. Ces agences, chargées d'apporter une assistance d'ordre technique, juridique ou financier, n'ont guère eu de succès jusqu'à présent, en raison de la crainte de voir naître une nouvelle forme de tutelle.
L’une des solutions les plus simples est
d’inciter les intercommunalités à jouer ce rôle d’assistance juridique, technique
ou financière. Cette solution présente l’avantage de ne pas créer une nouvelle
structure ni de générer un risque de tutelle d’une collectivité sur une autre.
Elle suppose une adaptation juridique pour permettre à une structure intercommunale,
au-delà de l’exercice de compétences transférées par les communes, d’être une
instance d’assistance et de conseil y compris sur des compétences conservées
par les communes. Actuellement, le droit et la jurisprudence ne permettent pas
aux intercommunalités de jouer ce rôle de conseil pour le compte de ses membres.
Or, le risque de distorsion de concurrence est limité puisque ces activités
ne sont pas dans le champ concurrentiel mais relèvent de la responsabilité des
communes. En outre, l’intercommunalité pourra recourir à des conseils externes.
Compte tenu des règles en vigueur, une disposition législative est nécessaire
pour permettre aux intercommunalités d’être une instance de mise en commun de
moyens.
Proposition n° 103 : permettre aux intercommunalités d’assurer
l’assistance et le conseil juridique de leurs communes membres
Dans le même esprit, la commission rappelle
l’intérêt d’une proposition, déjà formulée par le président de l’assemblée des
présidents de conseils généraux, d’ouvrir la possibilité aux collectivités de
disposer, comme l’État, de services d’inspection.
Deux solutions sont à cet égard envisageables.
La première consisterait à créer un corps d’inspection spécifique des collectivités
territoriales. Cette solution présente certes l’avantage de l’autonomie mais
pose la question de son rattachement. Il est en effet difficile de rassembler
dans un établissement public l’ensemble des collectivités locales (plus de 50 000 personnes
morales), d’assurer leur représentation et de les obliger à participer à la
gestion et au financement.
La deuxième solution consiste à donner aux inspections générales
la vocation d'être au service des collectivités territoriales. Cette possibilité
est d’ores et déjà ouverte aujourd’hui mais elle est faiblement utilisée.
Compte tenu de l’imbrication des interventions de l’État et
des collectivités, il conviendrait de l’affirmer avec plus de netteté et de
prendre un certain nombre de dispositions qui en facilitent la réalisation,
par exemple, ouvrir l’accès des inspections générales aux administrateurs territoriaux,
y compris dès le début de carrière à
la sortie de l’école des administrateurs. Cette solution faciliterait la
formation d’inspecteurs ayant une meilleure connaissance des collectivités territoriales.
Il conviendrait également de garantir l’indépendance de ces
inspections en les soustrayant à l’autorité de leur ministre lorsqu’elles exécutent
une mission au service d’une collectivité territoriale. Le
rapport serait bien sûr remis à l’exécutif de la collectivité qui commanderait
la mission d’inspection et non au ministre.
Proposition
n°104 : donner
aux inspections générales la mission de conseil des collectivités territoriales
Proposition
n°105 : ouvrir
plus largement les corps d’inspection générales aux administrateurs territoriaux
Par ailleurs, les collectivités doivent
pouvoir bénéficier de façon plus aisée de conseil externe.
A ce titre, le rôle que jouent déjà les
services de l’État, leur meilleure mobilisation et leur organisation en pôles
de compétences interministériels au niveau local devraient renforcer la mission
de conseil qu’exerce le préfet, préalablement au contrôle de légalité. La constitution
de pôles interrégionaux spécialisés d’expertise de l’État devrait encore en
améliorer la qualité et l’efficience.
Mais, au-delà, force est de constater que
la décentralisation a donné des pouvoirs importants aux collectivités sans toutefois
veiller à leur donner des moyens équivalents à ceux de l’État. En particulier,
dans le domaine de l’élaboration des textes, le gouvernement peut utilement
s’appuyer sur l’expertise du Conseil d’État.
De manière parallèle, les collectivités
locales devraient avoir la possibilité de disposer de l’avis des tribunaux administratifs
pour leurs actes les plus importants. Bien évidemment, cette possibilité devrait
être très strictement encadrée afin d’éviter d’accroître encore l’engorgement
du juge administratif. Mais il paraîtrait aberrant, compte tenu de l’importance
de certains actes des collectivités territoriales et de leurs établissements
publics, que les autorités locales soient privées d’une aide et d’une garantie
dont seule les administrations centrales de l’État et leurs services déconcentrés
continueraient à disposer alors même que leurs pouvoirs ont été fortement réduits.
Proposition n° 106 : donner la possibilité aux collectivités
territoriales de disposer de l’avis du tribunal administratif pour leurs actes
les plus importants
D/
la simplification des procédures
Enfin, il est indispensable d’obtenir une
simplification du droit applicable aux collectivités territoriales, plus complexe
sous l’effet de la normalisation et de l’harmonisation européenne comme de la
demande de nos concitoyens de sécurité et de prise en compte de leurs situations
particulières. Or, il faut rappeler que ce droit est appliqué par des élus expérimentés
disposant de structures puissantes, mais aussi par des élus bénévoles ne disposant
que de moyens très limités (un secrétaire de mairie à temps partiel). Si la
généralisation de l’intercommunalité est une solution pour faire face à une
telle diversité des situations, il n’empêche que l’objectif de simplification
du droit répond aux aspirations démocratique et à l’exigence de lisibilité qui
doivent caractériser les institutions politiques locales.
Un certain nombre de procédures lourdes
et formalistes doivent d'abord être modifiées. C'est notamment le cas en matière
de marchés publics, domaine dans lequel des simplification majeures pourraient
être opérées dans le respect de la libre concurrence. Ainsi, les seuils doivent
être rehaussés, adaptés à l'euro et aux dispositions communautaires. Le Gouvernement
s'est engagé dans cette réforme en proposant une refonte réglementaire du code
des marchés publics. Il propose une réduction des catégories de seuils de publicité :
absence de formalisme jusqu’à 70 000 Euros, mise en concurrence simplifiée en
deçà de 200 000 Euros, appel d’offres au delà.
Proposition
n° 107 : rehausser
les seuils des marchés publics et simplifier les procédures.
Au delà de cette réforme en cours, les procédures
extrêmement formalistes doivent pouvoir être déléguées aux fonctionnaires territoriaux.
Par exemple, l'ouverture des premières enveloppes dans le cadre des procédures
d'appel d'offre, dont le seul objectif est de vérifier les capacités financières
et techniques des entreprises commissionnaires, peut être confiée aux fonctionnaires
territoriaux sous le contrôle de l'exécutif local.
Proposition n° 108 : prévoir la possibilité de délégations
plus larges aux fonctionnaires des collectivités territoriales dans le cadre
de la procédure préalable à la passation de marchés publics.
Dans le même esprit, la souplesse de gestion
dont bénéficient actuellement les collectivités doit être préservée. Les sociétés
d'économie mixte locales permettent notamment de doter les collectivités territoriales
d'un instrument de droit privé particulièrement adapté pour l'aménagement et
le développement économique de leur territoire. Il est nécessaire de moderniser
leur régime juridique pour préserver leur souplesse d'action tout en garantissant
la sécurité juridique des collectivités. En particulier, les opérations des
sociétés d'économie mixte pour le compte de leurs collectivités actionnaires,
doivent pouvoir être menées librement dans le respect des règles de la concurrence.
En outre, les avances en compte courant d'associés, modalité complémentaire
et habituelle de financement des sociétés, doivent être autorisées.
Proposition n° 109 : ouvrir aux actionnaires la possibilité
d'avances en compte courant d'associés aux sociétés d'économie mixte, tout
en assurant aux collectivités les garanties financières nécessaires.
Par ailleurs, pour faciliter l’accès au
droit applicable, le gouvernement a entrepris un programme de codification .
Mais il se heurte pour la commune à une difficulté majeure puisqu’elle est concernée
par la quasi-totalité des codes en cours d’élaboration. Par ailleurs, en privilégiant
l’aspect institutionnel et le fonctionnement, le code général des collectivités
territoriales ne couvre qu’une partie limitée des textes applicables à ces collectivités,
et ne comprend pas les aspects relatifs aux compétences.